28 octobre 2026 Par Raphaël de Assis Peralta En route vers les lunes martiennes

Le 19 octobre 2026, à 21 h 41, heure de Paris, la mission japonaise MMX a décollé à bord d’une fusée H3 depuis le centre spatial de Tanegashima, au Japon. Un lancement nominal qui met MMX en route vers Mars pour explorer ses deux lunes, Phobos et Deimos. La sonde doit rapporter sur Terre, en 2031, au moins dix grammes de matériaux prélevés à la surface de Phobos pour les analyser en laboratoire. L’équipe du LIRA, responsable du spectromètre infrarouge MIRS embarqué à bord, témoigne de ce moment inoubliable, entre émotion du départ et premières nouvelles de l’instrument.

L’Observatoire de Paris – PSL au cœur de l’exploration avec MIRS

Illustration d’artiste représentant MMX étudiant la lune Phobos de Mars.
Crédits : JAXA

D’où viennent Phobos et Deimos ? Ces deux petites lunes sont-elles des astéroïdes capturés par Mars ou se sont-elles formées à partir de débris projetés lors d’un impact géant sur la planète ? C’est l’une des grandes questions auxquelles doit répondre MMX, pour Martian Moons eXploration, une mission de l’agence spatiale japonaise JAXA menée avec plusieurs partenaires internationaux, dont la France.

Pour mener cette enquête, MMX emporte notamment MIRS, un spectromètre imageur proche infrarouge conçu en France, sous maîtrise d’œuvre du LIRA et maîtrise d’ouvrage du CNES. En décomposant la lumière réfléchie par Phobos et Deimos, l’instrument permettra de cartographier leur composition minéralogique et de rechercher les signatures de minéraux hydratés et de matière organique. Il contribuera également à l’étude de l’atmosphère de Mars et au choix des sites de prélèvement sur Phobos.

L’Observatoire de Paris – PSL participe aussi à la navigation de la mission. En collaboration avec le CNES et la JAXA, le Laboratoire Temps Espace (LTE) a contribué à améliorer les éphémérides des lunes martiennes, qui permettent de prévoir précisément leur position au cours du temps. Une connaissance indispensable pour approcher Phobos et s’y poser.

Un instant fugace, mais inoubliable

Décollage de la fusée H3 emportant la sonde MMX depuis le centre spatial japonais de Tanegashima, au Japon.
Crédits : JAXA

De la première idée à l’installation dans une fusée, une mission spatiale se construit sur de longues années, parfois plusieurs décennies. Pour les équipes qui conçoivent, assemblent et testent les instruments, assister au lancement offre la joie de voir se concrétiser ce travail de longue haleine. En quelques minutes, le fruit de leurs efforts collectifs quitte la Terre. À l’émotion du départ se mêle le soulagement de voir franchie cette première étape décisive. C’est aussi l’occasion d’un dernier au revoir, d’un ultime encouragement adressé à l’instrument avant son grand voyage, avec l’espoir de le voir tenir toutes ses promesses.

« Quelle émotion et quel soulagement de voir MMX décoller le 20 octobre (au Japon) ! » témoigne Pernelle Bernardi, ingénieure système instrument et cheffe de projet au LIRA. « L’aventure MMX-MIRS a démarré de façon inattendue en mars 2020 au LESIA, mais l’équipe a relevé le défi en développant l’instrument en un temps record de quatre années avec une livraison à la JAXA en avril 2024, puis une phase de 2,5 ans de participation aux essais du satellite chez MELCO à Kamakura, puis sur le site de lancement à Tanegashima. »

Une émotion que partage Sonia Fornasier, responsable scientifique adjointe de MIRS :

« C’était une grande émotion et une immense fierté de voir la mission décoller et illuminer le ciel, avec la planète Mars juste à côté, tous réunis avec les collègues de cette grande collaboration internationale. »

Alain Doressoundiram, co-investigateur de MIRS, a lui aussi assisté au départ :

« Quelle nuit inoubliable ici au Japon ! À 4 h 41 du matin, la fusée H3 de la JAXA, transportant la sonde MMX (Martian Moons eXploration), a décollé de Tanegashima, illuminant le magnifique ciel étoilé. Assister à ce lancement spectaculaire depuis Yakushima, entouré de tant de collègues de l’équipe internationale MMX, a été un moment vraiment émouvant ! »

Au-delà du spectacle, les regards se tournent déjà vers les observations à venir.

« C’est le début d’une exploration scientifique unique du système martien, et nous attendons avec impatience les premières données de MMX et de MIRS ! », poursuit Sonia Fornasier.

L’émotion ne fait que commencer…

Photo de l’équipe de MIRS après le lancement.
Crédits : Tomoyo Morita

Après un lancement nominal, MMX s’est séparée du deuxième étage de la fusée 71 minutes et 13 secondes après le décollage, sur la trajectoire prévue vers Mars. Les premières opérations se sont ensuite déroulées avec succès : déploiement des deux panneaux solaires, stabilisation de l’orientation de la sonde et libération de l’antenne à gain moyen. Les communications ont été établies avec les stations au sol de la JAXA et le réseau de communication avec l’espace lointain de la NASA.

Au LIRA, l’équipe suit les données techniques transmises par la sonde pour surveiller l’état de MIRS. Les premières mesures sont rassurantes : après un refroidissement rapide suivant le lancement, les températures des boîtiers électronique et optique restent dans les plages admissibles en vol.

« En résumé : pour le moment tout va bien ! », s’enthousiasme Pernelle Bernardi.

La prochaine étape est fixée au 7 novembre, avec une première mise sous tension de MIRS et un test de ses différents équipements, le capot de protection contre les poussières restant fermé. Le 10 novembre, une séquence de réchauffement préparera l’ouverture de ce capot, avant un nouveau test fonctionnel.

« C’est une nouvelle page qui s’ouvre avec les essais en croisière et une insertion en orbite martienne en septembre 2027. GO MIRS ! », conclut Pernelle Bernardi.

Contact LIRA :